Sous les quarantièmes
Malgré un petit souci moteur qui nous a obligé
à rebrousser chemin quelques heures après un premier appareillage,
c’est sous la lourdeur du climat réunionnais que nous fesons route
vers les Terres Australes, cette fois-ci pour de bon. Lorsque que
vous posez vos pieds pour la première fois sur le Marion Dufresne
vous entrez littéralement dans un autre monde, vraiment. Ce géant
des mers du monde impressionne. Ce 2 novembre nous sommes tous sur
le pont le sourire aux lèvres, nous partons enfin, sous un soleil
ravissant. Les appareils photos déclenchent sans arrêt, les
jumelles autour du cou sont prêtent à être dégainées. L’île
de la Réunion nous offre de jolis paysages. Les premiers oiseaux ne
trainent pas à se montrer. Noddy Anous stolidus,
Paille-en-queue, Pétrel de Barau Pterodroma baraui, Puffin
d’Audubon et Puffin du Pacifique Puffinus pacificus nous
suivront durant les premiers jours de ce périple qui s’annonce
mémorable. Comme un symbole, un groupe de Dauphins tachetés se joue
du navire, comme pour nous souhaiter bon voyage. Nous prenons nos
marques. Chacun découvre sa chambre avec son ou ses compagnons. La
mer est calme, il fait chaud, tout va bien mais çà ne va pas durer.
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Deuxième du nom, l'un de ces derniers voyages |
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Larguez les amarres ! |
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Photo 3 : Bon voyage à vous aussi ! |
Comme dirait Tesson dans sa cabane en Sibérie :
« Les jours défilent, miroir de la vieille, esquisse du lendemain ».
Ici, le jour se lève, l’ornitho monte à la passerelle dénombrer
et spécifier tous les piafs qui trainent et de temps en temps
quelques mammifères marins, les cuisiniers l’appellent pour le
déjeuner, il revient à la passerelle pour l’après midi, les
cuisiniers le rappelle cette fois-ci pour le diner, le soleil se
couche, il passe la soirée au bar avec ses compagnons et file se
coucher (des fois quand le soleil se lève, donc çà chamboule un
peu tout, mais tout va bien …). Et çà recommence le lendemain. Le
tout en se faisant bercer par le roulis et le tanguage constant du
Marion. Certains ne peuvent pas sortir de leur lit alors que d’autres
se portent à merveille. Je fais partis de ceux qui se portent à
merveille, ouf ! Les journées se ressemblent malgré la
découverte de nouvelles espèces au passage de nouvelles latitudes.
Pensées pour vous les gars lorsque j’ai mis mon premier albatros
dans mes jumelles. Un bel adulte d’Albatros timide. Ces oiseaux
sont merveilleux. Avant d’arriver en vue de Crozet, une tempête
est annoncée. Les visages sont inquiets, les esprits méfiants. J’ai
tendance à m’en réjouir car je présage de belles observations,
mais j’ai vite déchanté croyez-moi. C’est assez spectaculaire
et plutôt effrayant. Nous nous demandons encore, pour les néophytes
que nous sommes, comment le Marion a gardé son cap, sans broncher.
Les officiers semblaient sereins, habitués. Les quarantièmes
rugissants nous accueillent de la plus belle des manières. Là, y a
furie ! Avec pour seul repère l’horizon, l’appréhension
est totale. Mais qu’importe, les oiseaux sont là et il nous faut
bosser. Tenant debout tant bien que mal les jumelles sur le nez, nous
les admirons planer avec grâce et légèreté. Ils sont dans leur
élément, ils nous narguent. Ils ont une telle aisance sous
l’infatigable tempête que nous nous sentons presque ridicules. Les
rafales nous cognent contre les murs, nous bousculent dans les
escaliers, nous renversent nos assiettes, nous éjectent de nos
chaises, c’est impressionnant. Nous sommes tous vulnérables face à
cet élément déchainé, mais le Marion tiens. Les vidéos vont bon
train, c’est très spectaculaire. Nous prenons çà à la rigolade.
Un moment, il s’est pris d’un gîte tellement énorme que nous
avons cru chavirer, mais non, il s’est redressé, fièrement. Un
moment qui restera inoubliable.
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Le sourcil noir de l'Albatros |
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Même pas peur |
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25 cm de la tête aux pattes, 100 grammes, tout va bien ! |
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Le vol léger des damiers du Cap |
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La menace rôde ... |
« Passerelle pour l’ensemble des
passagers, passerelle pour l’ensemble des passagers. Je vous
informe que nous sommes en vue de Crozet. Votre capitaine »
Nous courons à la passerelle …… Moment de silence, nos yeux
brillent, nos bouches sont bloquées, ouvertes. Crozet est devant
nous. 5 jours sans voir de terres et voilà que surgit devant nous
des falaises époustouflantes et des montagnes enneigées. Mais dans
quel monde sommes-nous ? A en oublier les centaines d’oiseaux
autour du bateau. De grosses pensées pour Val et Caro que nous avons
laissé là. Val dans un an, Caro dans 6 mois, 2 000 km de mers
nous séparent. Régalez-vous bien et prenez soin de vous. A cause du
souci moteur en partance de la Réunion et de la tempête d’il y a
2 jours, nous avons pris du retard et les priorités ont été
privilégiées pour les débarquements sur base. Malheureusement, je
ne suis pas descendu. Nous sommes resté une journée devant la base
Alfred Faure et avons fait route vers Kerguelen en soirée. Owh …
Kerguelen !
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Ambiance automnale |
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Crozet ! |
Il y a un peu moins de monde à bord du bateau
désormais. Beaucoup de nos amis sont restés à Crozet. Nous, nous
continuons à supporter le roulis du Marion. La mer est plutôt calme
comparé à se que nous avons pu vivre. 3 jours de mer suffisent à
rejoindre l’Archipel de Kerguelen. La capitale des Terres
Australes. Chance nous souris, les logisticiens nous offrent la
possibilité de passer par le Nord pour ensuite redescendre vers
l’ouest afin de rejoindre la base Port-aux-Français, au fond du
Golfe du Morbihan (si si … !). Nous admirons les Nuageuses,
l’Arche de Kerguelen, la Baie de la Table dans la Baie d’Audierne,
la Presqu’île Rallier du Baty, bref, tous ces noms que l’on lit
dans les livres se dévoilent là, juste devant nous. Ces paysages
sont très spectaculaires, sublimes. L’hélicoptère ne compte plus
ses vols de ravitaillement des différentes cabanes éparpillées
dans l’archipel. Les oiseaux sont bien là, par milliers à nous
saluer. L’ornitho est heureux ! Il l’est encore plus quand
il apprend qu’il va pouvoir descendre 3 jours sur base, avec tout
le monde. Le Marion est mouillé devant Port-aux-Français et c’est
en hélicoptère que nous quittons ce navire, après 10 jours de mer.
La terre ferme, bizarre. Finis le mal de mer, place au mal de terre.
Nos tête tournent un peu, on se rend compte que même debout sans
bouger à papoter (sans forcément avec une bière à la main !)
… on tangue ! Je vois mes amis découvrir avec émerveillement
leur base qui va les accueillir pendant plus d’un an, un peu moins
pour certains. Je les envie, vivement Amsterdam. Sur base, attention
où l’on met les pieds. Ces gros tas qui se dorent la pilule
n’importe où sont bien des Eléphants de mer. Des tonnes et des
tonnes. J’observe mes premiers Manchots royaux. Ils sont vraiment
magnifiques. Sterne de Kerguelen, Manchot papou, Pétrel géant,
Canard d’Eaton. Bon allez, finis les promenades autour de la base,
il faut aller à Totoche maintenant. Le bar de Port-aux-Français
… !!! Musique, baby-foot, billard, ping-pong, canap’, bière
et compagnie … bonnes soirées !!! Comme d’habitude, le
temps passe à une vitesse folle, il est temps de quitter tout le
monde. Le Marion nous attend, il faut faire route. Au revoir
Kerguelen, au revoir tout le monde. Mini-Moy et Flo éclatez vous
bien. On se revoit dans un an sur Amsterdam !!! oh yeah !
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Ils auraient acceptés les caresses ces 2 là ! |
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Un Eleph' dans toute sa splendeur ... |
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Manchot papou |
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Warning |
Direction l’île d’Amsterdam … Eole, fait
que les vents nous soient favorables. 3 jours de mers, 3 jours
d’attente, 3 jours d’impatience, 3 derniers jours sur le Marion.
Nous voilà devant Saint-Paul. Une île sous juridiction française
où y poser le pied nécessite l’autorisation suprême de la
Réserve Naturelle de Terres Australes. En gros, personne n’a le
droit d’y accoster mis à part quelques scientifiques. Lors des
rotations du Marion Dufresne, il est possible pour l’ornithologue
d’y accoster. Des prospections sont à faire pour évaluer la
colonisation de l’île par les oiseaux suite à une dératisation
il y a quelques années. Je mesure pleinement la chance que j’ai de
pouvoir mettre le pied sur ce caillou, rêve de tout ornitho des
terres australes. Monsieur le Préfet des Terres Australes et
Monsieur le Directeur de la Réserve Naturelle (rien que çà)
m’accompagnent moi et 2 autres collègues qui ont des mesures à
faire. Photos comptages otaries et gorfous sauteurs plus prospection
de terriers de Prions de Macgillivray. Un prion endémique de Saint
Paul qui aurait pu disparaître il y a quelques années. Une chance
inouïe. Le temps passe vite, nous devons repartir, déjà. J’y
serai resté 1h30. Au revoir Saint-Paul, je ne suis pas près de te
revoir. Merci.
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Saint-Paul |
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Yeah ! rastaman ! |
Et voilà, alors que Saint- Paul se devine
encore dans notre sillage, le fameux caillou qui va m’accueillir
pendant plus d’un an se dévoile droit devant. Amsterdam est là.
Le rêve se poursuit. L’émotion est grande. Hivernants de la
65ème, bienvenue chez vous !
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Amsterdam! enfin te voilà ! |